
Du 27 mars au 6 avril de l'année prochaine, le Festival de Pâques de Salzbourg 2026 sera marqué à la fois par le retour de l’orchestre philharmonique de Berlin et le coup d'envoi d'une nouvelle Tétralogie de Wagner confiée au metteur en scène Kirill Serebrennikov. Elle s'étendra sur cinq ans, donnée avec Moïse et Aaron de Schoenberg.
Après s'être expatriés à Baden-Baden pendant dix ans, l’orchestre philharmonique de Berlin et le chef Kirill Petrenko seront de retour au Festival de Pâques de Salzbourg en 2026 et manifestement, ils ont de grands projets. En attendant une présentation détaillée du programme en septembre prochain, le Festival esquisse ses prochaines éditions, articulées autour d’une nouvelle Tétralogie de Wagner donnée au cours des prochaines éditions, avec le Moïse et Aaron de Schoenberg. Le Festival entend ainsi faire écho à ses origines tout en regardant vers l'avenir.
En 1967 quand Herbert von Karajan posait les bases du premier Festival de Pâques de Salzbourg, il imaginait un rendez-vous qui lui permettrait de rester maître de tous les enjeux artistiques de ses productions d’opéra – après son expérience malheureuse au Festival de Bayreuth et des désaccords artistiques avec Wieland Wagner. Pour inaugurer « son » Festival de Pâques de Salzbourg, Herbert von Karajan avait donc opté pour le Ring des Nibelungen de Wagner (en débutant le cycle avec La Walkyrie) et il en assurait à la fois la direction musicale à la tête de l’orchestre philharmonique de Berlin et la mise en scène. En 2026 pour marquer le retour des Berliner Philharmoniker à Salzbourg après dix ans d’absence, le Festival fera écho à ses origines et donnera un nouveau Ring des Nibelungen (qui débutera avec le prologue de L’Or du Rhin), dirigé par le chef Kirill Petrenko et dont la mise en scène est confiée Kirill Serebrennikov.
La Tétralogie, une « oeuvre d’art totale » par Kirill Serebrennikov
Considéré par Nikolaus Bachler, le directeur du Festival, comme « peut-être le plus musical et en même temps l'un des metteurs en scène d'opéra les plus imaginatifs, les plus originaux et les plus intransigeants de notre époque », Kirill Serebrennikov a déjà mis en scène des œuvres de Wagner à deux reprises – Parsifal à l'Opéra d'État de Vienne en 2021 et Lohengrin à l'Opéra de Paris en 2023.
Au Festival de Pâques de Salzbourg, il entend « transformer la Tétralogie de Wagner en un mystère de mythopoeia (ce principe artistique reposant sur la création de mythes fondateurs fictionnels) réunissant des artistes de différentes cultures ». Le metteur en scène s’explique : « j'aspire à une sorte de "théâtre monde" dont l’imagerie inspirée des arts populaires d'Afrique, d'Asie et d'Amérique formerait de nouvelles croyances : les vestiges de l'héritage de la technogénique humaine ne seraient plus que des sanctuaires abandonnés ; la linéarité du passé et de l'avenir se décompose en morceaux formant une mosaïque que la musique de Wagner recompose à nouveau pour donner du sens au futur annoncé qui nous attend ».
Pour défendre cette production sur scène, le Festival a fait appel au baryton allemand Christian Gerhaher, pour sa prise de rôle en Wotan. Et pour faire écho au concept de Kirill Serebrennikov, la distribution est composée de « chanteurs d’horizons divers » issus d’une « jeune génération de voix wagnériennes » : Brenton Ryan dans le rôle de Loge, Leigh Melrose dans celui d'Alberich, Catriona Morison en Fricka, Sarah Brady en Freia ou encore Jasmin White pour interpréter Erda.
Le Ring complété de Moïse et Aaron
Ce nouvelle Tétralogie sera donnée progressivement dans le cadre du Festival à raison d’un opus chaque année (L'Or du Rhin et La Walkyrie en 2026 et 2027, puis Siegfried et Le Crépuscule des dieux en 2029 et 2030), et entrecoupée en 2028 d’une production du Moïse et Aaron d'Arnold Schoenberg.
Le Festival y voit à la fois une référence à ses origines et une volonté de se tourner vers l’avenir : Moïse et Aron n’a encore jamais été donné dans le cadre du Festival qui renouvelle ainsi son répertoire et les deux œuvres s’inscrivent dans une même philosophie de Gesamtkunstwerk (des œuvres d’art totales) : l’une et l’autre « décrivent des concepts sociaux pour un monde dont les fondements spirituels ont été brisés ou qui s’effondrent sur eux-mêmes au cours de la narration ». Le Festival y voit donc un ensemble cohérent, une sorte de « Ring étendu » qui se déroulera sur ses cinq prochaines éditions. Les grandes lignes de la programmation de l'édition 2026 du Festival sont disponibles sur le site de l'événement.
publié le 3 avril 2025 à 09h49 par Aurelien Pfeffer
03 avril 2025 | Imprimer
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