
Rendez-vous incontournables, créations lyriques marquantes ou simples curiosités, quels sont les opéras à ne pas rater au cours de ce mois d’avril 2025 ? Sans doute la création mondiale du Nom de la Rose, le prochain opéra de Francesco Filidei à la Scala de Milan ou le Parsifal de Jonas Kaufmann au festival d’Erl. Et puis aussi la (re)découverte du rare Sigurd à l’Opéra de Marseille ou la reprise à Paris du magistral Triptyque de Puccini par Christof Loy avec Asmik Grigorian. Tour d'horizon subjectif et non exhaustif.
Redécouverte de Sigurd d’Ernest Reyer à l’Opéra de Marseille
On doit à Wagner son Siegfried. Ernest Reyer composera Sigurd. Les deux œuvres partagent la même source (Les Nibelungen) et si Sigurd est antérieur à Siegfried (les premières versions de Sigurd remontent à 1866, la création de Siegfried date de 1876), la postérité retiendra évidemment l’opéra de Wagner. Pour autant, l’ouvrage d’Ernest Reyer a aussi connu un certain succès public et critique, d’abord lors de sa création à La Monnaie de Bruxelles, puis à Covent Garden, La Scala de Milan ou encore à l’Opéra de Paris.
Sigurd a également été donné à l’Opéra de Marseille en 1924 (pour l’inauguration du nouvel Opéra après l’incendie de 1919) et un peu plus d’un siècle plus tard, l’institution invite à redécouvrir l’œuvre d’Ernest Reyer dans une nouvelle production signée du metteur en scène Charles Roubaud. Cette curiosité peut en outre compter sur une belle distribution : Florian Laconi dans le rôle-titre aux côtés de la Brünhilde de Catherine Hunold, avec également Charlotte Bonnet, Marion Lebègue, Alexandre Duhamel, Nicolas Cavallier ou Marc Barrard.
- En savoir plus : Sigurd à l'Opéra de Marseille, du 1er au 8 avril 2025
I Grotteschi, la trilogie Monteverdi revisitée à la Monnaie de Bruxelles
En 2023, le Théâtre Royal de la Monnaie de Bruxelles imaginait Bastarda, une recréation des quatre opéras « Tudor » de Donizetti, et l’année suivante, Rivoluzione e Nostalgia explorait les opéras de jeunesse de Verdi. Le théâtre belge poursuit maintenant avec I Grotteschi, une recréation en deux soirées à partir de L’Orfeo, du Retour d’Ulysse dans sa patrie et du Couronnement de Poppée de Claudio Monteverdi. À partir des trois opéras, le metteur en scène Rafael Rodríguez Villalobos ramène « la cinquantaine de rôles originaux à une poignée de grotesques, des personnages composites aux noms allégoriques » pour élaborer un nouveau récit autour des trois générations d’une famille dysfonctionnelle. Orphée pleure son Eurydice aux enfers, Pénélope veille patiemment son époux Ulysse dans le coma, alors que le jeune Néron en profite pour échafauder avec l’ambitieuse Poppée des plans pour s’emparer de l’entreprise familiale dans une étouffante lutte de pouvoir – jusqu’au retour d’Ulysse, qui changera la donne. L’entreprise est singulière et permet d’explorer les liens entre famille et pouvoir, entre sentiments et fortune.
Musicalement, I Grotteschi invite à redécouvrir le répertoire de Monteverdi, interprété par le chef Leonardo García Alarcón (qui se produit pour la première fois à la Monnaie). Sur scène, la distribution réunit des spécialistes du genre, incluant notamment Stéphanie d'Oustrac ou Raffaella Lupinacci aux côtés de Giulia Semenzato ou Matthew Newlin.
Jonas Kaufmann dans Parsifal au Festival tyrolien d’Erl
La petite ville d’Erl, dans le Tyrol autrichien a longtemps été connue pour ses processions pascales. Les amateurs d’art lyrique la connaissent tout autant pour son festival de musique classique, dont Jonas Kaufmann assure dorénavant la direction artistique. Entre autres nouveautés, il y inaugure cette année un festival de Pâques dont le point d’orgue sera une nouvelle production de Parsifal, dont le ténor allemand interprétera le rôle-titre – sans surprise, la production affiche complet depuis des mois.
Pour l’occasion, Jonas Kaufmann s’est entouré de Philipp M. Krenn qui signe la mise en scène (et cultive le mystère sur sa proposition scénique) et du chef Asher Fisch à qui incombe la direction musicale. Jonas Kaufmann partagera la scène avec notamment Irene Roberts en Kundry et Georg Nigl en Klingsor ou encore Michael Nagy dans le rôle d’Amfortas.
- En savoir plus : Parsifal au Festival tyrolien d'Erl les 17 et 20 avril 2025
Création mondiale de la version lyrique du Nom de la rose à la Scala de Milan
Ce sera l’un des legs de Dominique Meyer à la Scala de Milan : alors qu'il était encore en poste à la tête de l'institution scaligère, l’ancien surintendant avait commandé un nouvel opéra au compositeur italien Francesco Filidei, Il nome della rosa, adapté du roman d’Umberto Eco Le Nom de la rose (popularisé au cinéma par Jean-Jacques Annaud). En attendant une reprise à l’Opéra de Paris (coproducteur de l’ouvrage et qui le donnera vraisemblablement au cours de sa saison 2026/27), l’opéra fera l’objet d’une création mondiale ce 27 avril au Teatro alla Scala dans une mise en scène de Damiano Michieletto – avec notamment Lucas Meachem, Kate Lindsey ou Daniela Barcellona dans les rôles principaux.
Si La Scala entretient le mystère sur cette nouvelle œuvre, l'ouvrage s’impose d’ores et déjà comme l’une des grandes curiosités lyriques de ce mois d’avril. D’abord pour la musique de Francesco Filidei, qui indique avoir composé un « grand opéra » dont l’inspiration musicale repose sur « des variations de mélodies grégoriennes ». Ensuite aussi pour la mise en scène de Damiano Michieletto, qui transpose le roman médiéval d’Umberto Eco dans une « esthétique contemporaine » précisément « pour éviter les clichés médiévaux tout en puisant néanmoins dans l’imaginaire médiéval ». Le chœur, manifestement très présent dans la partition, jouera aussi un rôle important dans la mise en scène, placé sous les voutes d’une vaste cathédrale alors que l’action se déroulera en contrebas, jusqu’à l’incendie final de la bibliothèque de l’abbaye.
- En savoir plus : Le Nom de la rose à la Scala de Milan, du 27 avril au 10 mai 2025
Asmik Grigorian dans Il Trittico par Christof Loy à l’Opéra de Paris
En 2022, le Triptyque de Puccini était donné pour la première fois au Festival de Salzbourg et la mise en scène toute en épure de Christof Loy reste dans les mémoires comme un événement artistique : le metteur en scène inversait l’ordre traditionnel des trois courts ouvrages du compositeur pour mieux en souligner la dramaturgie. Le Festival de Salzbourg « se montr(ait) là à son plus haut niveau » et le public parisien aura l’occasion de (re)découvrir la production à l’Opéra Bastille du 29 avril au 28 mai prochains. Le rendez-vous est d’autant plus incontournable qu’Asmik Grigorian, « incandescente » à Salzbourg, y reprend les rôles de Lauretta dans Gianni Schicchi, Giorgetta dans Il Tabarro puis le rôle-titre de Suor Angelica.
- En savoir plus : Il Trittico à l'Opéra national de Paris du 29 avril au 28 mai 2025
Mais aussi...
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Opéra contemporain. Dans l’opéra de Bizet, Carmen est tuée par Don José et l’ouvrage est néanmoins l’un des plus populaires du répertoire. À l’heure où l’opinion publique est davantage sensible aux enjeux des féminicides, Carmen, cour d’assise de la compositrice Diana Soh imagine le procès de Don José après son crime. L’ouvrage est donné à l’Opéra de Limoges ces 3 et 4 avril et invite à retracer les faits (au travers d’extraits de la Carmen de Bizet) pour mieux les remettre dans leur contexte et en perspective – mais sans livrer de verdict contre Don José, afin que chacun puisse juger en son âme et conscience. Pour en savoir plus
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Valeur sûre. Récemment disparu, Otto Schenk avait la réputation d’accorder la même attention à tous les protagonistes des spectacles qu’il mettait en scène, du rôle principal aux membres du chœur. Les 8, 12 et 15 avril, l’Opéra d’Etat de Vienne reprend sa production d’Andrea Chenier, d’une grande sensibilité, avec Sonya Yoncheva en Madeleine de Coigny (l’un de ses rôles marquants) et Michael Fabiano dans le rôle-titre. Pour en savoir plus
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Création. Après À l’extrême bord du monde en 2020 (sur les derniers jours de Stefan Zweig), le compositeur belge Harold Noben est de retour à la Monnaie de Bruxelles du 12 au 19 avril pour y dévoiler son opéra Bovary. Dans une mise en scène de Michael de Cock, ils proposent une interprétation contemporaine de Madame Bovary de Flaubert, dirigée par la cheffe Debora Waldman et portée sur scène par Ana Naqe et Oleg Volkov dans les rôles d’Emma et Charles Bovary aux côtés de la Berthe de Blandine Coulon. Pour en savoir plus
- Werther est manifestement à la mode dans les salles de spectacles et pourtant, l’opéra de Massenet n’avait plus été donné à Liège depuis 1999. Du 13 au 22 avril, l’Opéra Royal de Wallonie Liège en propose une nouvelle production confiée au metteur en scène Fabrice Murgia, et dirigée par le très méticuleux Giampaolo Bisanti. Sur scène, le rôle-titre est interprété par Arturo Chacón-Cruz face à Clémentine Margaine qu’on connait davantage dans des rôles à fort tempérament mais qui pourra ici exprimer ici toute la sensibilité de Charlotte. Pour en savoir plus
publié le 3 avril 2025 à 07h52 par La rédacion
03 avril 2025 | Imprimer
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