Saison 2025-2026 de l’Opéra de Paris : « élargir les horizons »

Xl_saison-2025-2026_opera-de-paris_bastille-garnier © Opéra national de Paris

L’Opéra de Paris lève le voile sur une saison 2025-2026 éclectique réunissant tous les répertoires, mais aussi des curiosités (la première mise en scène d’opéra de Ralph Fiennes ou la redécouverte de L’Ercole Amante d’Antonia Bembo) et des blockbusters lyriques défendus par des distributions de stars – de Jonas Kaufmann à Anna Netrebko, en passant par Ludovic Tézier, Thomas Hampson ou Renée Fleming.

L’Opéra de Paris est aujourd’hui dans une situation ambivalente : l’établissement parisien est l’un des plus dynamiques de l’Hexagone et pour autant, l’institution fait aussi face à des défis financiers qui imposent la recherche d’un équilibre artistique et économique parfois délicat – l’établissement a enregistré des bénéfices en 2023, mais va devoir réaliser de très lourds et très onéreux travaux de rénovation dans les années à venir. Depuis sa prise de fonction à la tête de l’institution parisienne, Alexander Neef est donc contraint à une « gestion rationalisée » passant notamment par un nombre réduit de nouvelles productions. L’Opéra de Paris dévoile aujourd’hui sa saison 2025-2026 et elle est résultat de ces contraintes de gestion.

Placée sous le signe de la liberté pour « élargir les horizons » et accueillir des artistes aux profils variés, la saison 2025/26 de l'Opéra de Paris compte 17 spectacles lyriques dont sept (presque) nouvelles productions et plusieurs de reprises.

Nouvelles productions, d'Aida à Eugène Onéguine

En septembre prochain, la première nouvelle production de la prochaine saison de l’Opéra de Paris n’en est pas vraiment une dans la mesure où l’établissement reprend l’Aida mise en scène par la plasticienne iranienne Shirin Neshat, inaugurée au Festival de Salzbourg en 2017 – renouvelant ainsi bien vite la production que l’Opéra avait confiée à Lotte de Beer de 2021, très décriée à sa création. Saluée par le public à Salzbourg (un peu moins par la critique), cette « nouvelle » production parisienne est confiée ici en alternance aux baguettes des chefs Michele Mariotti et Dmitry Matvienko. Sur scène, l’ouvrage sera défendu par une belle double distribution emmenée par Saioa Hernández et Ewa Płonka dans le rôle-titre, face au Radames de Piotr Beczala et Gregory Kunde ou l’Amneris de Eve-Maud Hubeaux et Judit Kutasi.

Après plusieurs années d’absence, notons aussi Eugène Onéguine de retour à l’Opéra de Paris en janvier 2026 (renouvelant ainsi la production de Dmitri Tcherniakov qui remonte à 2008). L'une des originalités de la production tient à son metteur en scène, le comédien Ralph Fiennes pour sa première mise en scène lyrique, qui entend raconter « une histoire d’amour qui ne fonctionne pas » : il y « assume le choix d’une simplicité picturale (...) pour mieux faire ressortir les émotions des personnages, aussi complexes que modernes » (gageons que le comédien saura appréhender la direction d'acteurs). En fosse, il sera accompagné par la direction musicale en alternance de Semyon Bychkov et Case Scaglione. Sur scène, l’ouvrage sera défendu par le baryton Boris Pinkhasovich dans le rôle-titre aux côtés notamment de la soprano arménienne Ruzan Mantashyan.

Parmi les nouveautés, on retient aussi La Fausse Jardinière (à la MC93 Bobigny), huitième œuvre lyrique d’un Mozart encore tout juste âgé de dix-huit ans. L’ouvrage est confié à la tout aussi jeune cheffe Chloé Dufresne (issue de l’Académie de l’Opéra), mais à la carrière déjà riche, pour accompagner le travail de la metteuse en scène de théâtre Julie Delille.

Tétralogie de Wagner selon Calixto Bieito

Parmi ces nouvelles productions de la saison 2025/26, l’Opéra de Paris poursuivra également sa nouvelle Tétralogie de Wagner. Après L’Or du Rhin en début d’année (qui a manifestement déçu la critique), le Ring des Nibelungen de Calixto Bieito doit se poursuivre avec La Walkyrie puis Siegfried. Si Ludovic Tézier avait dû renoncer au premier opus du cycle, on l’attend successivement dans les rôles de Wotan et du Wanderer dans les deux épisodes à venir, aux côtés notamment de Tamara Wilson en Brünnhilde ou Stanislas de Barbeyrac en Siegmund, ou encore de Iain Paterson, Günther Groissböck, Eve-Maud Hubeaux ou Marie-Nicole Lemieux. Le chef Pablo Heras-Casado assurera de nouveau la direction musicale de ce projet d’envergure.

Opéras contemporains et rareté

L’opéra contemporain n’est pas oublié dans la programmation de l’Opéra de Paris. L’institution parisienne reprend d’abord Nixon in China de John Adams dans la mise en scène de Valentina Carrasco inaugurée en 2023. Si la production peinait à nous convaincre, on se souvient qu’elle avait enthousiasmé le public, qui aura donc l’opportunité de la revoir rapidement après sa création et dans une distribution similaire, emmenée par Thomas Hampson et Renée Fleming.

De façon moins moins attendue, l’Opéra de Paris annonce aussi une nouvelle production de Satyagraha, l’opéra que Philip Glass consacre à la vie de Gandhi. L’ouvrage doit être dirigé par le chef Ingo Metzmacher (qu'on sait grand amateur du répertoire récent) et confié aux chorégraphes Bobbi Jene Smith et Or Schraiber. Sur scène, on retrouvera notamment le contre-ténor Anthony Roth Costanzo, grand connaisseur du répertoire de Philip Glass.

L’Opéra de Paris y ajoute une rareté, pas contemporaine mais redécouverte récemment : L’Ercole Amante de la compositrice vénitienne Antonia Bembo, dont la biographie indique qu’elle avait dû fuir un époux violent avant de trouver refuge à la cour de Louis XIV qui lui accorda une pension et l’asile dans une institution religieuse afin qu’elle puisse se consacrer à la composition musicale. Longtemps oublié avant d'être redécouvert à Stuttgart en 2023, son opéra L’Ercole Amante fera l'objet d'une nouvelle production que l’Opéra de Paris confie à Netia Jones, défendue sur scène par Andreas WolfJulie Fuchs, Deepa Johnny ou Sandrine Piau et dirigée par le chef Leonardo García-Alarcón.

Reprises et distributions de stars

Parmi les diverses reprises de cette prochaine saison parisienne, notons par exemple La Bohème « dans les étoiles » de Claus Guth, avec cette fois Nicole Car et Charles Castronovo. En novembre et décembre, l’Opéra de Paris reprendra aussi Les Noces de Figaro par Netia Jones (plutôt saluée par la critique) avec Gordon Bintner et Sabine Devieilhe mais aussi Christian Gerhaher en alternance avec Jérôme Boutillier.

Et puis une Tosca de stars dans la mise en scène de Pierre Audi et dirigée par Oksana Lyniv où se succéderont dans plusieurs distributions Saioa Hernández, Elena Stikhina, Angel Blue et Sondra Radvanovsky dans le rôle-titre, face notamment à Roberto Alagna, Jonas Kaufmann, Adam Smith ou Freddie De Tommaso en Cavaradossi ou Ludovic Tézier en Scarpia. Star encore dans Un ballo in maschera de Verdi, repris dans la mise en scène de Gilbert Deflo de 2007, avec cette fois Anna Netrebko dans le rôle d’Amelia – qu’elle ajoutera manifestement à son répertoire à Paris en janvier prochain avant de le reprendre au printemps 2026 au Staatsoper de Berlin de nouveau aux côtés de Ludovic Tézier.

Retenons encore Carmen avec Stéphanie dOustrac ou encore Rusalka par Robert Carsen avec Nicole Car dans le rôle-titre, et puis également La Cenerentola par Guillaume Gallienne avec Vasilisa Berzhanskaya et Gaëlle Arquez en alternance, ou encore La Traviata à succès de Simon Stone avec Aida Garifullina et de nouveau Pretty Yende dans le rôle principal.

L’Opéra de Paris promet donc une saison riche et éclectique, comprenant à la fois des productions enthousiasmantes et des curiosités, en plus de rendez-vous qui attireront à coup sûr le public. On en trouve tout le détail sur le site de l’institution parisienne. 

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