Benjamin Bernheim : chanteur d’opéra, l'une des seules professions impliquant de s’engager à l’aveugle

Xl_benjamin-bernheim © Benjamin Bernheim

Les chanteurs et chanteuses d’opéra signent leurs engagements des années à l’avance et bien souvient, avant même de connaitre les mises en scène qu’ils devront interpréter sur scène. Benjamin Bernheim plaide pour une meilleure communication entre les maisons d’opéra et les artistes. 

La création d’une production d’opéra s’inscrit dans un temps long : les maisons d’opéra construisent leur saison plusieurs années à l’avance, recrutent les artistes sur la base des œuvres programmées, et bien souvent, les mises en scène sont imaginées alors que les chanteurs et chanteuses ont déjà été engagés. En d’autres termes, les interprètes découvrent généralement les mises en scène qu’ils vont devoir jouer après avoir signé leur engagement.

C’est ce que soulignait Benjamin Bernheim en fin de semaine dernière sur les ondes de la radio allemande BR-Klassik. Le jeune ténor y lance un appel qui prend des allures de « révolution » dans le monde de l’opéra : que les artistes soient mieux informés des concepts de mises en scène qu’ils seront amenés à interpréter sur scène.

Chanteur d’opéra, l’une des rares professions qui impliquent de s’engager « à l’aveugle »

Benjamin Bernheim dit apprécier qu’un metteur en scène puisse « raconter quelque chose qui n’est pas écrit » dans l’œuvre originale, pour en proposer une « relecture intelligente ». Mais encore faut-il que l’ouvrage reste compréhensible pour le spectateur et qu’on comprenne pourquoi le chanteur chante ce qu’il chante.

Au point de parfois dire « non » à certaines mises en scène ? Le ténor précise alors que les interprètes ont finalement peu de latitudes face aux metteurs en scène. Selon Benjamin Bernheim, chanteur d’opéra est l’une des rares professions qui impliquent de s’engager « à l’aveugle ». Le ténor raconte : les interprètes sont contactés plusieurs années à l’avance par les maisons d’opéra pour participer à « un grand projet de production » dans lequel « on veut absolument qu'il ou elle chante le rôle ». Veulent-ils en être « oui ou non », il faut une réponse « maintenant »... sans connaitre le concept de la mise en scène, sans savoir qui dirigera, parfois sans savoir non plus qui seront leurs collègues sur la production.

Peu de latitudes pour les interprètes face aux metteurs en scène

Et quelques années plus tard, « c’est parfois une très bonne surprise, mais parfois pas ». Selon le ténor, trois options s’offrent alors au chanteur : rester malgré tout et accepter la production ; se désengager de la production mais l’interprète renonce alors à sa rémunération (on a le souvenir de quelques désistements houleux) et ce n’est évidemment pas anodin, les chanteurs indépendants n’ont aucune sécurité financière ; ou encore rester mais en « s’engageant dans un conflit » avec le metteur en scène, le chef ou la maison d’opéra. Et cette dernière option est compliquée pour un interprète qui « investit déjà beaucoup d’énergie, d’émotion, de passion dans l’interprétation de son rôle sur scène ». Y ajouter en plus des tensions en coulisses avec l’équipe artistique, « ça prend tellement de temps, ça n’en vaut pas la peine ».

Benjamin Bernheim plaide donc pour une meilleure communication entre les interprètes et les directeurs de maisons d’opéra, de sorte que les premiers puissent mieux appréhender ce à quoi ils s’engagent auprès des seconds. Selon le ténor, ce serait aussi le moyen pour les interprètes de s’enthousiasmer en cas de bonnes surprises ou au contraire de laisser la place à un collègue plus convaincu, plutôt que de ne rester que par nécessité. Une révolution dans le monde de l’opéra, en somme.

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